Chronique d'une adaptation cinématographique humiliante

 

Je voudrais revenir sur un film sorti en 2004,
et que je n'avais encore jamais vu, sans doute parce que j'y voyais là une forme de boycott,
au regard de quelques éléments présentés dans cette oeuvre qui me décevaient
par avance beaucoup.
Il s'agit d'Un long dimanche de fiançailles.

Après avoir lu le livre de Sébastien Japrisot, livre que j'avais trouvé
tout à fait excellent, je me suis donc décidé avec 3 ans de décalage à visionner le film tourné
par Jean-Pierre Jeunet.

J'ai sauté le pas aujourd'hui.
Je dois dire que je n'ai pas été globalement déçu par la qualité du film,
l'histoire est assez bien contée.
Mais certains éléments ont été transformés ou géographiquement déplacés.

Je vais m'attacher uniquement à détailler quelques modifications entre l'oeuvre
écrite et l'oeuvre filmée, modifications qui m'ont choqué.

1 - Pourquoi le personnage d'Ange Bassignano, immigré italien vivant à Marseille (dans le livre),
devient il un proxénète de village vivant en Corse (dans le film) ?



 

2 - Pourquoi, alors que la saignée humaine constituée par la guerre 14-18 partout en France,
mais aussi tout particulièrement en Corse, a été vécue comme un drame profond par tant de familles,
présenter un soldat corse lâche, peureux, et sans morale?

Je fais une grande différence entre les propos tenus dans le livre:
"Je suis un pauvre fils d'étranger [...] alors si je suis pas vraiment français pourquoi on me tue?"
(voir ci-dessus le passage entier)
et le soldat filmé par Jean-Pierre Jeunet, pantalon baissé dans la gadoue des tranchées,
en train de supplier les allemands de l'épargner:

Extrait

Les corses se sont battus comme les autres pendant cette boucherie.

3 - Le seul corse explicitement nommé dans le livre est un médecin du front, qui périt lors d'un bombardement :

 

  

4 - Le réalisateur avait justifié (comme il pouvait) le fait d'avoir corsisé le soldat Bassignano
par sa volonté de "pouvoir ainsi filmer la beauté des paysages de l'île".

Alors là, il faut m'expliquer, car il n'y a pas grand chose concernant les paysages corses dans le film,
à part Germain Pire (le détective) qui va enquêter dans un village, où les gens ne lui répondent pas
(car c'est connu, nous sommes viscéralement xénophobes), puis finissent par lui tirer dessus
(car cela aussi est connu, nous n'avons que la violence comme moyen d'expression en dehors
du dialecte babillé que certains appellent "langue corse").

Conclusion

Je n'ai rien à ajouter.
Je me demande simplement pourquoi, alors qu'un livre a été écrit, et a connu le succès
avec une galerie de personnages, pourquoi donc transformer certains
des protagonistes?

Est ce que cela fait vendre de présenter un corse comme un lâche et un vendu?
Est ce parce que nous sommes les seuls en France dont il est possible de rire sans risques ?
Serions nous en quelque sorte les bons sauvages du coin,
toujours disponibles lorsqu'il s'agit de décrire un personnage fainéant et magouilleur?

Quelle aurait été la réaction des spectateurs si le personnage d'Ange Bassignano avait crié
"Je suis marocain, je ne suis pas français!" ou bien "Je suis sénégalais, je ne suis pas français!" ?
Je suis personnellement convaincu qu'il y aurait eu une levée de bouclier
contre ce qui peut être considéré comme une insulte à la mémoire de tous ces combattants;
évidemment, quand il s'agit des corses, personne n'en a cure.

Il est connu que nous ne sommes que de rustiques mangeurs de chataîgnes,
violents et menteurs (à cause de la consanguinité).
Qui donc se soucierait de ce que nous pensons ?
D'ailleurs à ce propos, avons nous une âme et des sentiments?
Peut être faudrait il réssuciter Sepulveda et Las casas pour en débattre?


L'amalgame qui peut être fait entre ce personnage du film et l'ensemble des anciens combattants
corses de la grande guerre m'est tout simplement insupportable;
je voulais donc l'écrire, voilà qui est fait.

Si le scénariste du film passe un jour sur cette page (on peut rêver!), qu'il m'explique ses motivations,
je serais curieux d'en débattre.

 


Il y a eu par le passé beaucoup d'autres critiques à l'égard des corses,
et connaissant la forte propension de l'homme
à regarder la paille dans l'oeil du voisin avant d'avoir vu la poutre dans le sien,
la liste s'allongera sans doute dans l'avenir...

Voici un petit florilège:

La Corse est un exemple du danger de contagion impliqué par le déracinement. Après avoir conquis, colonisé, corrompu et pourri les gens de cette île, nous les avons subis sous la forme de préfets de police, policiers, adjudants, pions et autres fonctions de cette espèce à la faveur desquelles ils traitaient à leur tour les Français comme une population non-conquise. Ils ont aussi contribué à donner de la France, auprès de beaucoup d'indigènes des colonies, une réputation de brutalité et de cruauté...

Simone Weil (L'enracinement)

(ATTENTION: Il ne s'agit pas de Simone Veil, l'ancienne ministre, mais de Simone Weil, philosophe française née en 1909 et décédée en 1943. Je ne connaissais pas cette philosophe, mais je dois dire qu'elle est bien gratinée.)



C'est comme en Corse avec leur dialecte, c'est de la connerie de leur apprendre, ils feraient mieux d'apprendre le français, ce n'est pas avec leurs 19 mots en corse qu'on peut parler d'une langue.

Djamel Debouzze (propos tirés d'une interview donnée en Nouvelle-Calédonie)

Avec 19 mots, Djamel Debouzze parvient tout de même à écrire tous ses sketches.



Pour parvenir à éteindre tout à fait une race aussi exécrable, le premier moyen étant de leur ôter la facilité des retraites que leur offre les maquis, nous avons pris la résolution de les faire brûler dans toute l'étendue de l'île.

Marbeuf

Sacré Marbeuf, toujours le mot pour rire celui là!



Chaque Etat a son esclave, chaque royaume traîne son boulet. La Turquie a la Grèce, la Russie la Pologne, l'Angleterre l'Irlande et la France a la Corse. A côté de chaque peuple maître, un peuple d'esclaves. Édifice mal bâti : moitié marbre, moitié plâtras.

Victor Hugo

Les corses critiqués par Victor Hugo, c'est quand même la classe !



La civilisation y est comme au Groënland.

Honoré de Balzac

Et vlan, deux critiques pour le prix d'une.



La vérité qu'il faut dire, c'est que la Corse n'a jamais été et ne sera jamais française. Voilà cent ans que la France traîne à son pied ce boulet. Nous l'en voyons estropiée, meurtrie. Le Corse est naturellement mouchard et assassin...

Jules Valles (Le cri du peuple)

J'ajouterais que nous sommes également voleurs, racistes et d'une hygiène douteuse.



Toutes les mêmes, ces grandes familles corses : crasse et vanité. Ca mange dans de la vaisselle plate à leurs armes des châtaignes dont les porcs ne voudraient pas...

Alphonse Daudet

Excellente analyse d'Alphonse Daudet : le porc est un animal très délicat, beaucoup plus en tous cas que le corse.



Je propose froidement l'exode de tous les Corses, leur transport sur le continent... On remplacerait les autochtones disparus par un fort lot de libres citoyens suisses. Helvétisons la Corse, telle est ma devise. Les Suisses sont des gens extraordinaires pour faire suer de l'argent au roc le plus aride...

Alphonse Allais

À quand un jet d'eau sur le lac de Melo ?



Depuis que Sardou s'est entiché de son île de crétins, je ne le vois plus...

Eddy Mitchell

Il faut appeler SOS Amitié, ils sont là pour résoudre ce genre de problèmes.